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Testament d'Alexandra David-Néel



Testament d'Alexandra David-Néel


       J'institue la ville de Digne mon héritier universel.

       Mon héritage se composera principalement de la maison que j'habite et du terrain qui l'entoure sis à Digne en bordure de la route nationale.

       Cette propriété constituera pour la ville, un bien inaliénable, elle ne pourra ni le vendre ni s'en dessaisir d'aucune manière.

       La ville utilisera la maison de la façon suivante.

       Elle se prête à former deux logements. Ceux-ci seront loués à un prix au dessous du cours courant des loyers, à des intellectuels, hommes ou femmes, dépourvus de revenus ou n'ayant que de très faibles revenus, tels que des membres retraités de l'enseignement ou leur veuve, des auteurs d'ouvrages contribuant à la diffusion des connaissances scientifiques, à l'histoire des philosophies, particulièrement des philosophies orientales etc...

       Le montant des loyers touchés par la ville servira à payer les frais d'entretien de l'immeuble et du jardin qui l'entoure.

       La ville aura la faculté de construire d'autres immeubles sur le terrain dont elle héritera et de les louer dans des conditions identiques à celles énoncées ci-dessus.

       Il m'est impossible de savoir à l'avance quel sera le montant des dépôts que je pourrai avoir en banque à Digne (Trésor ou Sté Marseillaise de Crédit) au moment de ma mort.

       Charges incombant à l'héritier  :

       Payer les frais de mon incinération et de l'envoi, dans l'Inde, des urnes contenant mes cendres et celles de mon fils adoptif le lama Yongden, celles-ci se trouvent chez moi.

       Expédier, dans l'Inde, tous les objets (Statuettes et tableaux) se rapportant au Bouddhisme. Une note explicative, à ce sujet, est annexée au présent testament.

       Transmettre à la bibliothèque du Musée Guimet, à Paris, tous mes livres tibétains.

       Pourvoir Melle Madeleine Peyronnet, sa vie durant, d'un logement composé de trois pièces, chacune d'une dimension approximative de 4 m x 3,70 m.

       L'une de ces pièces servira de chambre à coucher et sera pourvue d'un lavabo avec eau courante, la seconde pourra servir de cuisine – salle à manger et sera pourvue d'une évier avec eau courante et écoulement  ; la troisième pièce sera une salle de séjour.

       A son gré, la ville pourra bâtir dans le jardin, un pavillon contenant ces trois pièces. Le pavillon sera muni de l'eau de la ville, de l'électricité (du gaz si possible) d'un conduit menant à un égout, d'une cheminée pour appareil de chauffage et d'un W.C. Il aura un accès facile sur la route nationale.

       A défaut de ce pavillon indépendant, la ville pourra attribuer, à Melle Peyronnet, un logement d'un genre analogue, dans un immeuble qu'elle pourra être amenée à construire sur le terrain dont elle héritera.

       De plus, en attendant que l'une ou l'autre de ces dispositions puissent être réalisées, la ville laissera, à la bénéficiaire, l'usage (sa vie durant) d'une logement habitable ou rentable dans la maison que j'occupe actuellement.

       Tous les objets mobiliers contenus actuellement, dans ma maison seront donnés à Melle Peyronnet.

       Il est entendu que, sa vie durant, Melle Peyronnet pourra, soit habiter, soit louer (à un locataire agréé par la ville) le logement qui lui sera attribué. Mais elle ne pourra ni le vendre, ni s'en dessaisir d'aucune façon.

       A sa mort, le logement fera retour à la ville.

       Melle Peyronnet ne bénéficiera des avantages qui lui sont faits que si elle me continue ses services jusqu'à ma mort. Si elle me quitte ou si je la congédie, ces avantages seront annulés.

       Je nomme comme exécuteur testamentaire, le professeur Monod-Hertzen.

       Ci-joint une annexe dont il y a à tenir compte.


       Digne 20 Mars 1963.


       Signé  : Alexandra David-Néel.


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       Annexe à mon testament du 20 mars 1963.


       Tous mes livres, autres que mes livres tibétains, seront offerts à la bibliothèque municipale de Digne qui pourra les partager avec la bibliothèque municipale de Saint Mandé (Seine) aujourd'hui Paris XIII mon lieu de naissance. Ma bibliothèque contient, aussi, des livres en langue anglaise, se rapportant, principalement, à des sujets d'Orientalisme. On consultera l'exécuteur testamentaire M. Monod-Hertsen, quant à leur distribution. Il pourra prendre, pour lui, ceux qu'il désirera.

       Dans le précédent testament, j'ai indiqué la destination à donner aux objets, de caractère religieux, bouddhistes – statuettes, tableaux, etc -  qui se trouvent chez moi. Ils devaient, ainsi que les urnes contenant les cendres de mon fils et les miennes, être expédiés au secrétaire de la Maha Bodhi Society à Calcutta 4a Bankin Chaterjee street Calcutta 12 West Bengal – Inde.

       Je maintiens cette disposition. Toutefois, l'on consultera M. Monod-Hertzen à ce sujet. Si les circonstances rendent cet envoi impossible ou trop difficile, M. Monod-Hertzen aura mes instructions à ce sujet. Les statuettes du Bouddha excepté, d'autres objets seront offerts au Musée de l'homme à Paris.

       J'ai actuellement, chez moi, le manuscrit d'une «  Grammaire Tibétaine Simplifiée  » que j'ai écrite en collaboration avec le lama Yongden. Elle est à l'usage des Français débutants dans l'étude de la langue tibétaine. Si elle n'a pas encore été publiée au moment de ma mort, l'héritier la fera publier en se chargeant des frais de la publication. Le nom des auteurs sera  : Alexandra David-Neel et lama Yongden, imprimé sous le titre.


       II Annexe au testament de Mme Alexandra David-Néel.


       Si, pour une raison quelconque mes livres tibétains ne pouvaient être placés au Musée Guimet à Paris et y constituer un fonds dénommé «  Fonds Alexandra David-Neel et Lama Yongden  », ils pourraient être offerts au Musée de l'Homme ou au Musée Csernuschi dans les mêmes conditions. On consultera, à ce sujet, M. Monod-Hertzen.

       De même, si l'expédition, à la Maha Bodhi, à Calcutta, des urnes contenant mes cendres et celles du lama Yongden était impossible ou trop difficile, l'on pourrait simplement s'en débarrasser en les faisant jeter en pleine mer. -Leur destination était précédemment d'être jetés dans le Gange, d'après la coutume indienne, par les soins du Secrétaire de la Maha Bodhi Society.


       Une plaque sera apposée sur l'immeuble dont la ville héritera, ou sur celui qu'elle construira sur le terrain voisin. Cette plaque portera une inscription telle que  :

       «  A la mémoire d'Alexandra David-Néel, exploratrice du Tibet et de son fils adoptif et fidèle compagnon de voyage  : le Lama Yongden. Tous deux décédés ici et donateurs de cette résidence.  »

       La résidence conservera le nom que je lui avais donné en langue tibétaine  :

       «  Samten Dzong  »

       «  Résidence de la Réflexion  »

       

       Consulter l'exécuteur testamentaire.


       Peut être aurai-je encore quelques désirs à exprimer avant le jour de ma mort et le Prof. Monod-Hertzen aura-t-il reçu mes instructions à ce sujet. Il en discutera avec le Maire de Digne, actuellement le Dr Romieu.

        Je souhaite que le peu que je laisserai soit employé d'une manière utile à quelque personnes intelligentes et ne possédant que de faibles moyens.


                       Alexandra David-Néel.


Modification à mon testament  :


       Ce 12 Février 1966, j'annule toutes les dispositions que j'avais prises en faveur de Melle Madeleine Peyronnet et je les remplaces par ce qui suit.

       La ville de Digne, mon héritier universel donnera à Melle M. Peyronnet la jouissance exclusive, sa vie durant, d'un logement composé de trois pièces de dimensions  suffisantes pour y vivre agréablement.

       Ce logement sera pour son usage personnel. Elle ne pourra pas le vendre. Elle ne pourra ni le louer, ni en accorder gratuitement l'usage à autrui.

       Le logement devra être toujours vacant pour l'usage de la bénéficiaire qui devra l'occuper, soit continuellement, soit par périodes espacées selon ses besoins.

       Il est entendu que si Melle peyronnet me quittait ou si je la congédiais, elle perdrait tous droits à ce logement.


               Digne 12 Février 1966


               Alexandra David-Néel/


       Le logement concédé à Melle Peyronnet sa vie durant sera pourvu de  : W.C., lavabo, évier pour la cuisine, canalisations conduisant à l'égout, eau courante (eau de la ville) gaz, électricité, courant force et courant lumière.

       Ces différentes canalisations sont déjà installées dans la maison que j'habite, située dans la propriété dont la ville héritera.


               Alexandra David-Néel


Dispositions prises à la mort d'Alexandra David-Néel :


Les Cendres d'Alexandra David-Néel ont été dispersées dans le Gange à Bénares par Melle Peyronnet le 28 février 1973.


Melle Marie-Madeleine Peyronnet a bien hérité du droit de demeurer à titre gratuit dans la maison de la défunte, puis dans l'annexe construite des années plus tard.


Beaucoup d'objets sont partis au Musée de l'Homme, transféré quai Branly.


La collection de livres tibétains d'Alexandra David-Néel est partie au Musée Guimet.


La plaque commémorative demandée par Alexandra a été posée sur le mur Est de Samten Dzong.


La grammaire tibétaine qui tenait tant à coeur à Alexandra David-Néel n'a pas été publiée, en effet, d'autres plus complètes l'ont été depuis. Vous pouvez tout de même consulter quelques pages de celle-ci au lien suivant.


Grammaire Tibétaine

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